Spider-Man

Un jour, l’une de nos paroissiennes, d’âge moyen, a rappelé son enfance et de son premier contact avec la TV.

- Je suis allé à l’école primaire, quand ils ont commencé à tirer les fils électriques le long de la route principale. Pour ceux qui ne disposaient pas de leurs propres générateurs (coûteux), ils avaient une chance d’avoir, par exemple, une télévision et d’autres appareils. A l’époque, faisait fureur la série Spider-Man,  tous les enfants la regardaient. Mais la chose la plus importante est que tout le monde, même les adultes, étaient convaincus que c’était une histoire vraie. Tout le monde voulait être Spider-Man : juste après la projection, les enfants ont couru dans la brousse pour chercher des arbres avec de longues vignes. Et du coup, les hôpitaux et les centres de santé au Gabon se sont trouvés remplis d’enfants souffrant de fractures et de blessures. Il n’y avait pas de classes sans élèves avec plâtre au bras ou  à la jambe …

 

Tontine

Dans un pays où il n’y a pas d’hiver ou de sécheresse, et où tout est toujours vert toute l’année, on peut avoir sans interruption des fruits divers et d’autres dons de la nature ; les gens n’ont pas besoin de stocker la nourriture, de construire des greniers et des caves. En outre, le climat tropical détruit très rapidement toute la nourriture ; la décomposition est rapide ; il y a aussi les fourmis et autres insectes qui s’accumulent presque immédiatement quand on laisse les miettes de pain sur la table ou un peu de sucre. C’est sans doute la raison pour laquelle les populations des forêts tropicales de l’Afrique centrale ont difficulté à penser à l’avenir et à faire des économies. Dans le concept africain traditionnel de temps, l’avenir est de quelques jours à l’avance, ce qui est maintenant est plus important que le passé lointain, peuplé de milliers d’ancêtres. Dans la langue locale, il n’y a même pas de mot pour désigner l’avenir plus long que les jours. Si vous savez que les gens vivent encore dans l’incertitude constante, face aux forces de la nature, constamment en danger de mort avec les animaux dangereux et les maladies mortelles, vous comprenez pourquoi l’Afrique profite de la journée et ne pense pas à ce que demain lui apportera.

Les habitudes et mentalités commencent à changer lentement ; dans le monde d’aujourd’hui où la monnaie fonctionne, l’Africain a encore des problèmes avec des questions telles que l’épargne, le budget pour un mois entier ou la prévision pour les urgences. La tentation est grande de tout dépenser dès la première journée. De même, il est difficile de réserver de l’argent pendant quelques mois pour un plus grand investissement  (une menace supplémentaire ce sont les voleurs et même la propre famille, parce que c’est difficile de cacher quelque chose dans la maison). Parfois, quelqu’un vient nous demander de garder l’argent pour construire une maison et vient le retirer en  plusieurs tranches, pour payer le ciment ou le gravier, parce que la présence de l’argent dans la maison est une tentation constante de le dépenser immédiatement pour des choses sans importance.

Toutefois, au Gabon, il y a une institution qui aide, et permet d’avoir un petit capital au bout d’un certain temps pour le bien de la famille, il s’agit de la «Tontine». La « Tontine » est un accord amiable entre une douzaine de femmes (ou d’hommes, mais la discipline est plus difficile) qui travaillent et qui déposent une somme mensuelle (normalement c’est de 30 000 à 100 000 F CFA pour un salaire journalier d’un ouvrier non qualifié de 3 000F CFA). Les membres de la « Tontine » se réunissent tous les mois et versent une somme en fonds commun ;  et chaque mois, l’un des membres reçoit la totalité du dépôt. De cette façon, après plusieurs mois de versements arrive un moment où vous recevez une grosse somme d’argent, ce qui vous aide à réaliser vos rêves ou de faire un investissement plus important. Le jour où le membre reçoit la tontine, il invite ses amis et on fait la fête. Dans la région où ils vivent les frères Capucins, même dans les villages, beaucoup de gens sont impliqués dans la « Tontine » et nous sommes donc très heureux.

Le mouvement circulaire

Malgré la richesse du pays, le Gabon a de médiocres  infrastructures de transport. Les routes sont de mauvaise qualité, pleines de trous et pleines d’autres surprises, souvent inondées parce que les égoûts sont bouchés et l’eau n’y trouve pas sa place. Il y a bien une large voie à Libreville, mais à certains moments elle est complètement embouteillée. Car c’est trop de voitures pour la capacité de la ville; la plupart des voitures sont de vieilles Toyota, importées d’Europe, qui tiennent avec la peinture et quelques fils de fer. La plupart des voitures sont des taxis, ce qui est pratiquement le seul moyen de transport public dans la capitale. Il y a bien sûr plusieurs bus, mais une goutte d’eau dans l’océan, sauf que, trop souvent, on voit l’épave du bus sur le bord de la route, brûlé à cause d’un court-circuit – ce qui n’encourage pas à voyager! Dans les rues de Libreville, on peut voir beaucoup de belles voitures privées de grand prix, ce qui signifie que c’est un pays avec un bon potentiel financier et que vivent ici, des gens vraiment riches. Toyota  règne ici avec ses 4X4, mais aussi Mitsubishi, Mazda et Isuzu ; mais les pièces de ces dernières sont plus chères que celles de Toyota, de sorte que celui-ci l’emporte. Les libanais ont apporté au Gabon la mode de Hummer, et les Chinois ont essayé de faire passer sa demi-tout terrain à essence Gonow, mais s’est avérée être trop délicate sur les routes africaines.

La circulation est marquée par une grande liberté, chacun conduit comme il veut. Souvent, il viole le code de la route, il entre dans la circulation en désordre, dépasse le troisième et le quatrième – le tout peut se terminer pour un visiteur de l’Europe par une crise cardiaque. Très souvent, les voitures sont utilisées au maximum jusqu’à ce qu’elles tombent en panne. Beaucoup de gens ne font pas les contrôles techniques, ne vérifient  pas l’huile, il ajoute seulement le carburant : il en résulte une courte durée de vie des véhicules. La plupart des chauffeurs de taxis sont des Nigérians et aucun d’entre eux n’a la licence, à moins qu’il ne l’ait contrefaite. Par conséquent, la principale occupation de la gendarmerie et de la police c’est de les arrêter de temps en temps pour gagner de l’argent. La police est un tourment, en outre, pour le conducteur, en particulier Blanc : elle est pointilleuse dans ses vérifications. Cependant, la gestion du trafic est la dernière chose dont elle s’occupe et c’est mieux ainsi parce les policiers ont l’habitude d’aggraver la situation ; le carrefour est paralysé et les unités militaires de la gendarmerie française doit intervenir pour évacuer le bouchon.

Le plus dangereux en ville sont les routes de quartiers et la sortie de la capitale qui est unique. Conduire une voiture requiert une observation attentive des trous dans l’asphalte, et oblige à se méfier totalement des autres usagers de la route. La conduite de nuit entraîne une complète angoisse : heureux si la voiture a toutes les lumières mais elles n’ont souvent que l’un des feux sur la droite et derrière. Une voiture émergeant tout un coup de l’obscurité, ce n’est pas rare, et un danger réel aussi sont les grumiers laissés sur le côté de la route avec les billes de bois, et qui ne disposent pas de toutes les lumières et réflecteurs, et on  les voit au dernier moment. Il y a beaucoup d’accidents et beaucoup d’entre eux sont mortels : ce sont les passagers des taxis-bus ou les personnes assises en arrière des pick-ups qui meurent. Observer le comportement des conducteurs permet de constater qu’ils n’ont pas une once de responsabilité ou de capacité à prévoir. Certainement conduire au Gabon est aussi fatiguant que le climat tropical local.

Les sacrifices rituels

De temps en temps dans les médias on parle des sacrifices humains, et plus particulièrement celui de jeunes enfants. L’une des associations qui combat cette pratique a même publié sur ce sujet un livre extraordinaire. Le livre inclut des photographies des victimes retrouvées dans la forêt, ou échouées sur la grève (en Europe de telles images ne sont pas acceptées, mais les médias sont ici très réalistes). Le tragique dans tout cela, c’est que ces meurtres ne sont pas le fait des gens de la brousse moins éduqués ou moins ouverts sur le monde, mais c’est le fait des gens instruits, parfois occupant des postes élevés dans l’appareil d’Etat. Bien sûr, en règle générale, ils ne le font pas personnellement, mais par assassin commandité. Certaines parties du corps de la victime peuvent ensuite être mangées ou servent à composer un fétiche spécial (par exemple, les lèvres, les paupières et les organes génitaux).

Dans le passé, les enfants ont été sacrifiés et enterrés dans les fondations d’un nouveau bâtiment ; aujuourd’hui les enfants sont tués, afin d’assurer le succès et le pouvoir des chefs d’état. En Afrique de l’Ouest, la plupart des victimes sont des enfants albinos, des bande organisées entrent dans la maison pour  maîtriser les parents afin de voler l’enfant ; souvent ils les coupent sur place et les mettent en sacs d’emballage pour aller les vendre ensuite aux différentes autorités selon la demande. Au Gabon, dans les temps anciens, c’était les jumeaux, eux qui survivaient plus difficilement ; maintenant, chaque enfant est à risque. On raconte l’histoire de la voiture avec les vitres teintées, qui traverse les villages avoisinant la capitale et kidnappe des enfants  revenant de l’école. En effet, de tels incidents se multiplient dans la période pré-électorale, ce qui confirme que les victimes sont triés par les politiciens, afin d’assurer la réélection ou à l’avancement politique.

Une fois, deux femmes sont venues à nous demandant des conseils. La première a raconté comment la famille a déjà emmené à trois jeunes enfants en sacrifice, et maintenant ils veulent qu’elle donne la fille aînée. Elle dit cela avec une telle facilité, comme s’il s’agissait d’achat ou de la météo. Elle est venue demander au prêtre si c’est mieux ou pas de la donner. Je pense qu’elle n’est pas normale et la famille l’a exploitée.

L’autre femme, très jeune, est venue à l’occasion de sa visite à la famille au village. Elle était enceinte de son deuxième enfant, son fiancé, voulait sacrifier l’enfant à venir. Il a promis le mariage (et cette promesse agit très fort ici), la sécurité financière et le confort si elle accepte de remettre l’enfant après la naissance. Son fiancé est un réalisateur qui aurait un poste important dans l’administration de l’Etat et c’est un rosicrucien. On dit ici tout à fait ouvertement que ce type d’organisation, ainsi que la franc-maçonnerie elle-même se trouvent en Afrique, avec leur visage spécifique sanglant, associé à l’idée de sacrifice humain.

 

Fr. Lukas  Wozniak OFMCap