Le travail missionnaire apporte de beaucoup d’occasions pour découvrir les différences entre la manière de penser des missionnaires et celle des autochtones ; on apprend ainsi l’humilité et le dialogue avec quelqu’un de culture et de sensibilité différentes. Le missionnaire, élevé dans sa culture, dans le monde de la logique, zéro-un, rencontre soudain un monde différent, un monde qui conduit la même voiture, qui va à l’école organisée selon les principes universels, dispose d’une administration d’état similaire,  de paroisses,  de diocèses, et pourtant … il peut impressionner ou mis en  question.

Parfois, on peut constater que non seulement  si on vient d’une autre culture, mais aussi d’un autre monde, on regarde la même chose mais on la voit  différemment ; on parle de la même chose, mais on la comprend différemment.

La rencontre de l’Afrique et de son peuple est un défi, mais aussi une expérience fascinante.

Que ces quelques courtes histoires, parfois très curieuses, nous encouragent à découvrir un autre homme et renforcent notre amitié avec l’Afrique.

Le travail de la police plein de mystère

Un jour, je revenais avec frère George de  chez nos frères de Cocobeach où nous avons passé deux jours ; et notre camionnette Isuzu roulait sur les routes cahoteuses de latérite rouge ; nous avions encore en face de nous plus de deux heures pour rebondir sur ​​les trous dans un nuage de poussière. Juste au-delà de la ville, nous sommes arrêtés par deux policiers  qui nous demandent de faire un tour au village, à environ une heure de route de Cocobeach. Ce sont des hommes d’âge moyen, en uniforme, avec un dossier épais de documents.

- Nous allons vérifier la cause d’un accident dans la brousse et enlever les armes. Hier soir, un chasseur a tiré sur un autre et celui-ci est maintenant à l’hôpital de Ntoum. Mais nous devons tout examiner sur place. Disons franchement que c’est une affaire de sorcier ou de vampire.

- Quel sorcier?

- Voilà, c’est le blessé. Cela arrive souvent. Quelqu’un est à la chasse la nuit et voit devant lui un animal sauvage comme un chat, lui tire dessus, et maintenant l’animal se transforme en un homme. Bien sûr ce n’était pas seulement un animal qui a traversé la forêt,  mais un sorcier transformé de telle sorte que personne ne le connaissait. Nous allons prendre le fusil et simplement dire que celui qui a tiré  est innocent ; celui qui est à l’hôpital est probablement un sorcier et il méritait son sort…

Les ancêtres d’un politicien

Toujours avec les mêmes gendarmes, nous passons à côté d’un terrain transformé en un véritable chantier de construction. Quelqu’un a mis un toit de type grand belvédère sur des colonnes, le tout entouré par un petit mur et à côté, des plantes nouvellement plantées …

- Mais quelqu’un fait la maison avec des colonnes!

- Ce n’est pas la maison, s’il vous plaît, père, c’est le cimetière familial. Un homme politique est originaire de ce village, il réside maintenant dans la capitale, Libreville. Il a oublié ce village ; il envoyait seulement les enfants ici pour un jour férié. Il avait là une seule maison en bois, et la zone a été complètement négligée. Récemment, toutefois, le politicien a fait un rêve : ses ancêtres lui ont apparu et lui ont reproché son ingratitude. Parce que grâce à leur sollicitude, il a obtenu un grand succès politique et en retour, il n’a rien fait pour eux, même leurs tombes ne sont pas décentes.

- C’est juste un rêve …

- Comment, juste un rêve? Le politicien a eu tellement peur qu’il a préparé le terrain, d’autant qu’il y a une élection à venir… Il a préparez de nouvelles tombes sous le toit, des plants ont été mis en terre, il a mis la statue de la Mère de Dieu et tous les morts seront déplacés ici. Heureusement, parce que sinon il n’aurait aucune chance d’être réélu.

 

Deuil d’Essono

Essono est un bon ami équato-guinéen des Frères Capucins, qui vit au Gabon avec sa femme et ses enfants ; il est engagé dans divers travaux, y compris la pêche fine. Ensemble, avec nos frères, de temps en temps, il se lance dans un voyage de pêche de nuit sur ​​la branche d’un fleuve à Ayeme-Maritime où l’eau douce se mêle à l’eau salée de la mer et où on peut rencontrer des poissons, « Manata », qui pèsent 500 kg.

Essono était allé en Guinée, comme guide de deux Nigérians ; à l’occasion, il devait rester environ une semaine avec sa famille. Le temps est passé, et Essono ne revenait pas, et il n’y avait pas de nouvelles de lui. Après trois semaines, il a été convenu que les Nigérians ont tué Essono, sûrement parce qu’ils n’ont pas voulu payer. Ainsi commença le deuil traditionnel: sa femme est assise par terre dans la cuisine, elle refuse la nourriture, ne peigne pas ses cheveux et ne se lave pas. Elle a commencé à faire ses bagages pour rentrer chez ses parents. Quand tout à coup, un mois après, Essono est revenu, surpris de ce qu’il voit. Il est resté dans la famille non pas une semaine, mais un mois, parce que son père se sentait mal. Il a envoyé la nouvelle à sa famille au Gabon par sa sœur : celle-ci a été près de sa femme une semaine. On lui demande pourquoi elle n’a rien dit. Elle répond : – Et ah oui, j’ai oublié de dire.

Affaire de funérailles

Dans une paroisse des villages les plus reculés d’Ayeme Maritime, une famille arrête la voiture de notre frère.

- Comme il est bon que le père soit arrivé, nous devions aller vous voir, parce que notre fils est mort, il avait 18 ans, il sera enterré demain, ici, chez nous.

Le Frère ne se rappelle pas que certains membres de cette famille viennent à l’église du village.

- Mais je n’ai jamais vu ton fils à l’église, il ne participait pas à la vie de la paroisse, ne venait pas à la messe.

- Mais bien sûr, il n’y allait pas! Mais personne ici n’y allait. Pourquoi? Il n’y a pas de raison pour ne pas y aller, parce que nous sommes tous de vrais chrétiens, dans le cœur mais pas dans la pratique.

- Et a-t-il jamais été baptisé?

- Femme tu entends? Le prêtre demande s’il a été baptisé!

- Bien sûr qu’il l’était!

- Pouvez-vous me montrer sa «carte catholique».

- Elle devrait être quelque part…

- Je vais aller par la ville et venir chez vous.

Au couvent, nous avons discuté sur cette question, car il est connu que, dans  l’incertitude, le prêtre n’ assiste pas à l’enterrement. Quoi qu’il en soit, au Gabon, presque personne ne demande le prêtre pour les funérailles, l’inhumation du défunt est une affaire de famille. Toutefois, si nous refusons, la moitié du village était prête à nous blâmer, ne comprenant pas pourquoi nous avons une certaine résistance. Enfin, le frère est allé dans la famille leur dire qu’il viendra à l’enterrement le lendemain, et qu’il y aura une cérémonie à la tombe. Il a trouvé la famille veillant le corps, un peu ivre, et dans la bonne humeur. La famille était assise au salon avec des verres, tandis que dans l’autre pièce était le cercueil ouvert avec le corps du jeune homme. La boisson n’a pas arrêté de couler avec  une musique forte …

Le lendemain, à côté d’une tombe, juste derrière la maison, notre frère rencontra un catéchiste local qui a avoué en toute sincérité que le garçon n’a pas été baptisé, et tout le monde le sait, mais personne n’avait rien dit, parce que le prêtre ne serait pas venu. En outre, c’est sans doute la famille qui l’a empoisonné parce que personne  ne l’a vraiment pleuré, et le défunt était tout à fait un filou …

Fr. Lukas Wozniak OFMCap