Nous vous présentons les réflexions de notre confrère Pierre Wrotniak, qui a travaillé chez nous quatre ans et maintenant il va continuer ses études à Rome:

Le Gabon, grâce à là volonté de Dieu, est devenu le lieu de mon séjour et de travail missionnaire pendant les quatre dernières années. J’ai eu l’occasion de travailler dans la paroisse à Ntoum pendant une période de trois ans, période durant laquelle j’ai pu expérimenter et apprendre la culture et la mentalité locale. Les derniers mois, je les ai passés à Cocobeach, en tant que maître des deux premiers postulants capucins du Gabon. En quittant ce pays pour deux années d’études à Rome, je suis reconnaissant pour le temps que le Seigneur m’a donné dans ce pays, où je tiens à revenir après cette pause.

Je me souviens bien des gens avec qui j’ai eu de la grâce à vivre et à qui je proclamais l’Évangile selon ma propre manière imparfaite. J’ai rencontré ici beaucoup de cœurs ouverts, désireux d’écouter et adopter la bonne Nouvelle et prêts à changer leur vie pour plus chrétienne. Je crois que Dieu continuera en eux son travail qu’il avait commencé. Je pense en particulier à nos postulants, les candidats à la vie religieuse et au sacerdoce, qui sont sortis de cette population et qui sont attendus par leurs compatriotes. Je pense à des amis que, grâce à Dieu, j’ai rencontrés sur mon chemin, des familles chrétiennes qui veulent vivre selon la volonté de Dieu.

Je remercie Dieu pour avoir béni notre mission, pour sa croissance et son développement visible et invisible, le développement des structures dans nos maisons. L’Église au Gabon a encore besoin d’autres types de bâtiments pour le culte, pour le fonctionnement des paroisses, pour venir en aide à la santé ou à l’éducation sous-développées. Durant ces quatre dernières années, j’ai découvert que la volonté de Dieu est que la mission se développe, que l’Église croisse en nombre et en maturité dans la foi et dans l’amour. Dieu nous a donnés des candidats à l’Ordre, ce qui témoigne de la vitalité du charisme capucin dans ce pays. J’espère qu’il nous donnera encore des vocations locales.

Je remercie Dieu pour l’opportunité d’apprendre ce qui est beau dans cette culture locale – la culture de la musique locale dans l’Église, les chants des chœurs, des danses, la façon locale dont ils s’habillent. Merci pour la beauté insolite de la nature locale souvent encore sauvage… En outre, pour de nombreux signes de bonté et d’ouverture envers nous, des frères capucins de Pologne.

Cependant, ils restent aussi des difficultés – pour la croissance réelle elles sont nécessaires.

Les gens à qui Dieu nous a envoyés au Gabon ont leurs avantages et leurs inconvénients – comme toutes les nations. Les fautes il faut les stigmatiser et apprécier les avantages. Le Royaume de Dieu se répand lentement et son but est d’éliminer le royaume du mal qui a ici encore beaucoup de frontons. Depuis des générations, on y pratique la sorcellerie – ce que nous appelons « la magie noire » où  « blanche » – c’est une réalité que l’on rencontre pratiquement tous les jours. Les pratiques occultes provoquent chez la plupart des personnes une possession spirituelle. Parfois, elles sont liées aux sacrifices humains, manducation de la chair humaine – une chose rare pour un Européen.

Toute personne baptisée ne vit pas ici selon les règles chrétiennes, comme c’est aussi le cas ailleurs. Dans la région où nous vivons, nombreux sont ceux qui mélangent la vie chrétienne avec les cultes syncrétiques locaux. Ils croient que le christianisme, leur garantit la vie éternelle, la protection de Dieu et, par conséquent, la plupart des chrétiens catholiques fait baptiser leurs enfants, même s’ils n’ont aucun lien avec l’Église. Selon leurs croyances locales, les cultes syncrétiques, telles que le Bwiti, vont leur assurer la santé, le bien-être dans cette vie, ainsi que la protection contre la sorcellerie des autres.

L’occultisme concerne toutes les couches sociales, à partir de la plus faible dont les membres vont avec leurs problèmes chez un « nganga » (guérisseur, sorcier), où ils sont soumis à des initiations traditionnelles. Cela s’applique aussi aux plus riches et plus haut placés. Une forte influence, sur ​​les personnes au pouvoir en Afrique et au Gabon, a la franc-maçonnerie. Il n’est pas un secret que le président du pays est le grand maître de la loge maçonnique au Gabon (une vidéo de sa prestation de serment est postée sur Internet) ; la Rose-Croix est aussi très forte, on peut rencontrer des personnes du haut rang qui pratiquent le vaudou.

Ce qui est difficile à comprendre de notre point de vue sur cette mentalité, c’est qu’il y ait  parfois un manque de volonté de changement, d’amélioration de la qualité de vie quotidienne. La pensée est parfois myope. Par peur de ne pas pouvoir assurer le quotidien, certains saisissent toutes les opportunités, y compris le mensonge, la débrouillardise en tout genre et le vol. Le laxisme moral concernant les questions sexuelles est d’un très haut niveau.

Alors, que devons-nous faire? L’essentiel pour nous, missionnaires est de vivre la vie chrétienne – aimer Dieu de tout notre cœur, de l’esprit, et le prochain comme nous-mêmes. Cela conditionne et dicte tout le reste. Vu la mauvaise formation religieuse des catholiques et souvent les migrations vers d’autres églises et sectes – il nous faut toujours continuer à développer la pastorale des groupes paroissiaux, où les chrétiens pourraient être formés. La messe du dimanche s’avère souvent insuffisante pour la persévérance et la croissance dans la foi. Tout type de travail pastoral, selon l’inspiration du Saint-Esprit est souhaitable, en gardant à l’esprit avant tout la supériorité de la proclamation de l’Évangile par les œuvres plutôt que par les mots. Il y a encore beaucoup de travail pour le développement des structures matérielles de l’Église, des églises, des chapelles, des salles de pastorale. Il y a beaucoup de projets qui peuvent être réalisés selon l’inspiration de Dieu, nos forces et capacités.

Dans la vie quotidienne on ressent le soutien spirituel de l’Ordre, ainsi que celui de nombreux amis qui prient pour les missionnaires. Ce soutien est une grande aide pour nous, pour persévérer dans la fidélité à Dieu, de ne pas l’abandonner et de toujours recommencer notre engagement chrétien. Une grande aide c’est également tout le soutien matériel ; grâce à lui nous pouvons travailler sur les missions et réaliser des projets pour la gloire de Dieu et pour le bien du peuple. Et pour cette aide, que Dieu vous bénisse, lui, qui est généreux dans sa grâce envers ceux qui partagent généreusement leurs biens avec les autres.

fr. Pierre Wrotniak OFMCap