Les Normands? 

Les premiers évangélisateurs de l’Afrique au Sud du Sahara furent-ils les Normands, au XIVème siècle ? Ces téméraires marins fréquentèrent les côtes du golfe de Guinée bien avant les Portugais. Ceux-ci auraient retrouvé au Ghana, les traces d’une Église fondée par les Normands, en 1380.

Le monopole Portugais

Les navigateurs portugais déploient une intense activité sur les côtes d’Afrique, vers la fin du XVème siècle. En 1480, Fernando Vaz explore la lagune gabonaise, toujours appelée Fernan-Vaz.

Qui va évangéliser ces peuples ? Réaliste, le pape Nicolas V, en 1455, confie aux Portugais l’évangélisation des terres découvertes et à découvrir en Afrique occidentale.

L’évangélisation de l’Afrique équatoriale sera d’abord le monopole des Portugais.

Les débuts connurent un succès fulgurant. Au sud du Gabon, dans le royaume du Congo, des Franciscains portugais évangélisent toutes les classes de la société. Le roi devenu chrétien prend le nom d’Alfonso (1506-1543). Le propre fils d’Alfonso, Don Enrique, étudie à Lisbonne. Ordonné prêtre à Rome en 1513, il est évêque en 1521. La relève missionnaire ne se faisant pas, ses prêtres disparaissent peu à peu. Jeune et brillante Église, elle meurt presque aussi vite qu’elle est née.

Pendant tout le XVIème siècle, des Capucins portugais succédant aux Franciscains vont se relayer au Congo, sans qu’ils puissent y établir l’Église de façon stable.

La « Propagation de la foi »

En 1620, le roi du Congo Alvare II s’adresse directement à Rome en envoyant une délégation au Pape Paul V. Des missionnaires portugais lui sont promis. Ils n’arriveront jamais à destination.

En 1640, le roi Alvare IV fait la même démarche près du pape Urbain VIII. Or, en 1622, avait été fondée la Congrégation romaine de la Propagation de la foi. C’est un Ministère de l’administration de toute l’Église, auquel est confié la responsabilité d’envoyer des missionnaires dans les pays qui n’ont pas encore été évangélisés. Le Pape est ainsi libéré des restrictions du monopole portugais. Des missionnaires de toutes les nations chrétiennes vont dorénavant pouvoir être envoyés en Afrique.

Fort de cette nouvelle disposition, le Pape confie la mission des côtes africaines de l’Ouest aux Capucins italiens. Pendant un siècle, ils visitent les côtes du Gabon et baptisent les premiers Gabonais, à Mayumba, Sette-Cama, au Cap Lopez et dans le Rio Gabon (l’Estuaire).

Aux missionnaires qui manifestent l’intérêt de la papauté pour les Églises naissantes,  Rome publie ses instructions, en 1726 . Des circonscriptions ecclésiales, appelées Préfectures apostoliques sont érigées, en particulier l’une qui s’étend jusqu’à la région de Loango-Mayumba. Un prêtre français, sorti du Séminaire des missions étrangères de Paris, en devient Préfet apostolique. D’autres prêtres de ce séminaire le rejoignent. De même que tous leurs prédécesseurs, au bout de quelques années, ils meurent malades ou se retirent découragés.

Au début du XIXème siècle, les derniers Capucins, des côtes équatoriales, finissent par disparaître. Ils laissent derrière eux quelques baptisés, mais pas encore une Église. Des missionnaires catholiques et protestants fréquentent les peuples de la côte Atlantique de l’Afrique depuis presque quatres siècles. Des milliers de jeunes prêtres, religieux, et pasteurs de toutes les nations chrétiennes sont morts au service de la Mission.

Les Irlandais

En octobre 1833, les évêques américains, réunis en Concile provincial à Baltimore, adresse une supplique au Pape pour qu’une mission catholique soit envoyée au Liberia (l’état fondé avec d’anciens esclaves en 1821, après l’annonce de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis) . Ils suggèrent qu’elle soit confiée aux Jésuites.

Patients, ils attendent que la « Propagation de la foi » donne suite à leur pétition. Hélas, Ministère sans armée, la « Propagation de la foi » dépend des effectifs des ordres religieux. Or en ces années des premières initiatives pour l’évangélisation de l’Afrique, les congrégations missionnaires qui vont la réaliser, n’existaient pas encore. Quant aux ordres anciens : Franciscains, Dominicains, Capucins, Jésuites, ils n’avaient pas de personnel disponible.

De Rome, la « Propagation de la foi » va stimuler les évêques américains. Elle les invite à fournir eux-mêmes des missionnaires pour l’Afrique. Alors les évêques de Philadelphie et de New-York, lancent un appel aux prêtres de leurs diocèses. Trois candidats se présentent, deux prêtres et un laïc. Tous les trois sont d’origine irlandaise. C’est à eux que revient l’honneur d’être les premiers dans la fondation de l’Église catholique du XIXème siècle, sur la côte Ouest d’Afrique.

Le premier, Edward Barron, était le Vicaire général du diocèse de Philadelphie. Le deuxième, John Kelly, curé de la paroisse Saint Jean d’Albany à New York et Denys Pindar, un jeune catéchiste. Ils quittent Baltimore le 21 décembre 1841. Il y a avec eux, sur ce bateau, 30 esclaves qui ont choisi de retourner en Afrique et de s’installer au Liberia. Ils arrivent au Cap de Palmes (Liberia), le 31 janvier 1842 et le lendemain ils célèbrent la première messe sur le continent africain.

Pendant les deux premiers mois, leur vie est partagée entre la prière, l’apostolat, l’étude de la langue grébo et… la maladie. Ils ont constaté qu’ils avaient embarqués dans une entreprise sans issue si de nouveaux missionnaires ne viennent à leur secours.

Comme les évangélisations antérieures, cette nouvelle évangélisation ne peut être réalisée par des prêtres diocésains isolés et peu nombreux. Il faut qu’elle soit prise en charge par des sociétés de religieux, qui peuvent assurer une continuité lorsque leurs membres, individuellement, sont déficients.

Les trois missionnaires décident que l’un d’entre eux (père Edward Barron), va partir vers les vieilles chrétientés d’Europe, pour chercher ces sociétés religieuses sans lesquelles il ne peut y avoir d’évangélisation durable. Partout, les responsables religieux, lui ont  proposé une aide financière, mais pas un seul missionnaire. Ils n’ont toujours pas de personnel disponible pour l’Afrique.

Marie s’en mêle

A Rome, Révérend père Edward Barron est sacré évêque, le 1er novembre 1842. Alors Monseigneur Barron, toujours général sans armée, le 18 décembre, est de nouveau à Paris. Dans l’extrême dénuement où l’ont laissé toutes les belles promesses qui lui ont été faites, il s’en va remettre sa cause entre les mains de Marie. Il va prier à Notre-Dame des Victoires.

Apres avoir dit la messe à l’autel du saint Cœur de Marie il a appris du curé de ND de Victoires, l’abbé Desgenettes, l’existence des missionnaires du Saint Cœur de Marie. Ce fut « un trait de lumière », dans l’esprit de l’évêque. Aussitôt il prend contact avec François Libermann (celui qui a fondé la Congrégation du Saint Cœur de Marie en 1842), qui lui propose ses cinq missionnaires.

Tous des jeunes ; moyenne d’âge 27 ans ; Jean-Rémi Bessieux, Léopold Joseph de Régnier, Louis Maurice, Marie Louis Audebert, Jean-Louis Roussel, François Bouchet. Ils débarquent à Bordeaux, le 13 septembre 1843, pour un continent , l’Afrique, qui leur est totalement inconnu.

 Un long voyage

Il leur faudra encore plus d’un mois de voyage pour y arriver, le 29 novembre. Les trois premiers mois, commencés dans l’enthousiasme, vont rapidement être vécus dans la douleur. Monseigneur Barron tarde à rejoindre sa communauté (il est resté en Europe en vu de trouver les autres missionnaires pour l’Afrique). Les jeunes missionnaires sont très affectés par la mort de trois d’entre eux et le départ de John Kelly, le prêtre irlandais, malade et découragé. Lorsqu’enfin, leur évêque les rejoint (le 1 mars 1844), ils obtiennent les nouvelles dispositions qui ont été prises par Libermann, après leur départ. Ils doivent quitter le Cap des Palmes (Liberia), pour se rendre plus au sud, dans les territoires administrés par la France. Ils projettent de se diviser en deux communautés, l’une pour Grand-Bassam (Cote d’Ivoire), l’autre pour le Gabon.

Au Gabon

Enfin à l’escale de Grand-Bassam ils ne restent que deux missionnaires pour aller au Gabon : père Bessieux et Frère Grégoire (l’un de trois orphelins pris, pendant leur départ de la France, par les missionnaires, de l’hospice des Enfants Trouvés à Bordeaux).  Les autres sont déjà morts, soit gravement malades ils sont rapatriés.

Aussi Frère Grégoire est tellement épuisé qu’il doit être chargé sur le navire français Zèbre, par les marins. Nous ne savons pas ce que Bessieux et Grégoire se sont dits pendent les quelques semaines qu’ils ont passées sur le bateau. Ce que nous savons bien, par contre, c’est qu’en débarquant le 28 septembre 1844, a l’escale au Gabon, ils décident d’y rester. Près du Fort d’Aumale ils commencent la première communauté religieuse du Gabon.

Le père Bessieux écrit : « Frère Grégoire est toujours bon, docile, il fait tout mon petit travail, il lave le linge, il fait notre petite cuisine, nous n’employons personne . Il s’occupe à arranger le vieux linge, … il ne manque jamais d’occupation matérielle. Il est pieux, régulièrement, il fait la saint communion… Il ne sait pas encore lire. Pour le former, je le fais lire tous les jours pendant les deux repas… »

Des ces débuts de la mission, les enfants sont les plus accessibles. Les missionnaires mettent en œuvre tout ce qui dépend d’eux, pour construire des écoles. Les nouvelles épreuves leur montrent qu’ils ont besoin des religieuses pour s’occuper des femmes et des filles et pour faire les autres œuvres de miséricorde.

Les Soeurs

Le père Bessieux très fatigué est gravement malade repart en Europe. Il reviendra au Gabon évêque le 30 juillet 1848. En plus, avec lui pour Libreville, sont embarquées des Sœurs de l’Immaculée-Conception.

En 1857 frère Grégoire s’embarque pour la France pour prendre le congé… Il meurt en mer, pendant ce voyage… Monseigneur Bessieux a trouvé la mort le 30 avril 1876 après avoir laissé au Gabon l’Église bien enracinée à l’intérieur du pays.

Tirage fr.  Marius Zacharkiewicz OFMCap, de: „Naissance d’une Eglise 1844” p. Gérard Morel, Libreville.