Nous vous présentons la relation de la RCA, des événements qui se passent là bas; de la guerre qui menasse la vie de nos Frères Capucins de la Province de Cracovie:

Bocaranga – République Centrafricaine,
fr. Robert Wnuk – missionnaire capucin
Il y a une semaine, les Anti-Balakas ont attaqué les Seleka à Bocaranga. Le résultat de ces affrontements – ville de Bocaranga libérée des mains de rebelles, un peu de joie et de l’espoir. Plus tard, le retour de la tristesse et de la colère, parce que la ville est devenue la proie de voleurs et de pillards. Plusieurs quartiers ont été complètement détruits, quelques centaines de maisons -complètement incendiées, ce qui était le plus beau dans cette ville – est parti en fumée. Plusieurs personnes ont été blessées, y compris les enfants et les femmes, quelques-unes ont été tuées ( 3 Seleka, 2 Anti- Balakas, 6 civils). Des centaines de personnes, surtout des enfants et des femmes, se sont regroupées à côté de notre maison, sur les vérandas, dans les salles paroissiales. Les hommes passaient leurs nuits dans le jardin.

Ce mardi à 13h00, moi et le frère Cipriano, nous voulions aller à Bozoum pour y raccompagner Docteur Ione. Après 80 km de route, nous devions rencontrer les Carmélites, avec qui Docteur Ione devait continuer son voyage et nous devions prendre la route de retour. À 5 km de Bocaranga, nous avons appris qu’un groupe de Seleka s’approche vers la mission. Nous avons fait demi-tour. Vers 13h45, des tirs ont retenti dans toute la ville, accompagnés de fortes explosions et des sifflements des balles. Les gens qui se trouvaient à la mission étaient complètement paniqués, ils se cachaient partout où l’on pouvait se cacher: dans les salles de bains, à la cuisine, dans les chambres. Des tirs se rapprochaient, enfin des coups de fusil ont atteint la porte de la clôture et celle de notre réfectoire, ensuite quelques coups de feu dans la cour. Le père Cyril et moi, nous sortons de la maison avec les mains levées. Des tirs ne cessent pas. Quelques Seleka entrent dans nos chambres, ils y prennent tout ce qui leur plaît, ils exigent de l’argent, des voitures, ils tirent vers nos jambes, vers le plafond, à côté de nos têtes. Ils réussissent à faire marcher une voiture et ils partent. Une autre voiture a été abîmée: ses fenêtres ont été cassées et son tableau de bord a été détruit. Ils prennent quelques motos qui ont été laissés chez nous par des gens. Les motos qu’ils n’arrivent pas à mettre en marche sont abimés par des coups de feu au moteur. Cette horreur dure plus d’une heure, ils menacent de mort, quelquefois ils conduisent une personne dans une chambre et tirent avec un fusil. Cette horreur se répète chez les soeurs. Deux autres groupes armés viennent encore chez nous et la situation se répète. Vers 16 h ils nous quittent. Nous conseillons aux gens d’aller se cacher dans la brousse. Au cours de deux minutes, quelques centaines de personnes déchirent la clôture et ils se dirigent vers l’école des catéchistes pour disparaître dans la savane. Vers 17h, une autre voiture remplie d’hommes armés arrive chez nous, mais ceux-ci ne sont pas agressifs. Ils veulent seulement une chaîne pour tirer un autre véhicule. Heureusement, ils nous quittent immédiatement. Nous restons à la mission en 3 : Cipriano, Nestor et moi. Nestor a une petite blessure sur la main, faite par le retour d’un feu. Les Seleka ont pris notre voiture, une autre appartenant aux soeurs et encore une autre appartenant au Docteur Ione, quelques motos, 3 ordinateurs, plusieurs appareils de téléphones mobiles (les gens les chargeaient chez nous), des appareils photo, de l’argent et d’autres petites choses.

Dans notre jardin, nous y trouvons un vieil homme blessé, une balle lui a déchiré une jambe et elle est passé à travers, et une femme blessée au ventre, elle saigne et le sang se trouve partout. Je vais chez les soeurs pour chercher Docteur Ione. Chez les soeurs, la situation est semblable à la nôtre. Heureusement, personne n’est blessé, il n’y a pas de morts, non plus. Je reviens chez nous, je donne l’absolution à la femme blessée, elle meurt deux secondes plus tard. Les gens apportent une petite fille, blessée à la jambe, la balle l’a traversé. Docteur Ione lui fait un pansement. Il n’y a plus personnes à la Mission. Vers 21h, nous nous rendons dans nos chambres, le temps passe lentement, puis 23h, puis 01h et enfin le matin. On a trop vécu pour un après-midi. Comme d’habitude, mercredi matin, nous célébrons la messe, il y a beaucoup de monde, certains d’entre eux sont venus à la Mission pour prendre leurs affaires. Quelques blessés et morts sont encore retrouvés dans la savane, y compris une femme avec deux blessures au même bras, dont les os sont brisés.

Mercredi, nous attendons le passage suivant des Seleka, nous sommes un peu excités, nous ne savons pas quoi faire. Nestor va dans la brousse, Cyril aussi. Je reste à la Mission en compagnie de Cipriano. Nous cachons certaines choses pour être un peu occupés. Le soir, nous allons à la maison de notre cuisinier (Massayo), laquelle est éloignée environ 500 m de notre Mission. Nous y passons une nuit difficile, nous dormons sur une natte étalée par terre, sans oreillers. Nous revenons à la Mission vers 3h30. Nous célébrons la messe du matin à laquelle participent quelques personnes et quelques sœurs. Quatre soeurs, les plus jeunes, vivent déjà dans la savane avec 24 filles du Foyer (internat). Nous passons toute la journée en attente. Nous sommes deux à la maison, Cyril et Nestor reviennent. L’Internet fonctionne chez les soeurs, nous en profitons pour envoyer plusieurs messages. Hier, les Seleka auraient dû venir chez nous, mais ils ne sont pas encore arrivés. Il n’y a personne en ville, sauf quelques Anti-Balakas qui n’ont plus de balles. Pourtant, ils ne croisent pas les bras, ils pillent la ville tant qu’ils ont le fusil à la main. Plusieurs fois, ils viennent à la Mission, mais je refuse de les laisser entrer tant qu’ils sont armés. Ils acceptent et ils s’en vont. Les sœurs décident de dormir aujourd’hui à l’école des catéchistes, nous – un peu plus loin, chez notre cuisinier. Il reste seul parce que toute sa famille s’est cachée dans la savane. Après des moments de dangers réels et d’ insécurité, nous nous trouvons maintenant en relative sécurité. Les frères du Tchad disent qu’ils essaient de récupérer nos voitures qui sont déjà là. Nous attendrons, nous le verrons. En écrivant ces mots, j’entends les bruits de voitures. Sauve qui peut ! Allons dans la brousse !

Je reviens après 1,5 h. Les sœurs, elles-aussi sont allées dans la brousse. Nous nous sommes arrêtés près d’un kilomètre de la Mission. Une chaleur énorme, un soleil brûlant, la poussière, plein de mouches… Une demi-heure d’attente, il semble que les voitures soient reparties. Cipriano et moi, nous revenons à la Mission, je me dirige à l’hôpital. Il n’y a personne sur la route principale. Les mots «Ave Maria» viennent automatiquement sur mes lèvres. On voit des traces d’une grande voiture sur la route principale. J’entends certains bruits. Je rencontre un homme qui répare une antenne téléphonique. Il dit avoir vu deux voitures, une grosse avec 10 roues et l’autre – petite. Quel soulagement! Cette petite voiture de couleur rouge a été vue hier à Bouar et nous l’attendons maintenant. Nous revenons à la Mission et demandons aux gens d’aller chercher les soeurs. Elles reviennent à la maison. Probablement, nous aurons une nuit tranquille… probablement nous dormirons dans la savane, mais la nuit sera déjà plus calme. Où sont parties ces voitures ? Ndim ou Ngaoundaye, pour l’instant nous ne savons pas. Les voitures étaient remplies de soldats Selekas. Ayons espoir qu’ils ne prendront rien le long de leur chemin. Maintenant, nous essayons d’appeler les Médecins Sans Frontières de Paoua (135 km de Bocaranga) pour qu’ils viennent évacuer trois personnes gravement blessées. Peut-être, ils arrivent demain.
Excusez-moi des fautes qui rendent la lecture de cette lettre difficile. Je l’ai écrite sur une petite tablette Merci pour vos prières. Dieu vous bénisse.
fr. Robert Wnuk – Bocaranga RCA